Chapitre (bonne lecture, Le dit du Cagou) par Trapard Creteux le mai-11-2008

Ces deux poètes du début du XXème siècle, créèrent des poèmes d’inspiration chrétienne et publièrent en 1905, un roman, Célina Landrot qui proposait un regard neuf sur la colonie, loin des écrits sur le bagne etc… Par exemple, ce texte sur les lépreux calédoniens :

Midi ; un léger son de cloche a battu l’air,

Du soleil de feu tombe et flambe sur les murs

Et sous les vérandas, on entend les murmures

D’un grouillement de vie triste et de pauvreté.

 

C’est une maison blanche au flanc de la colline ;

Autour, l’abandon silencieux des champs déserts ;

Quelques lépreux, sous leurs gris vêtements, cheminent

Dans la tragique horreur d’une mort prolongée.

 

Les cornettes des sœurs, des oiseaux dans les arbres

Et le balancement de l’ombre des rameaux

Sont le peu de douceur qui reste aux misérables,

Comme un pain doré qu’ils arrosent de sanglots.

 

Des fenêtres, là-haut, on voit la haute mer

Et les bateaux, le soir, qui rentrent dans la rade,

Mais jamais sur leurs ponts, jamais, le vent amer

Ne viendra caresser leurs visages malades.



Chapitre (Culturons-nous un peu) par ELRIKO le mai-10-2008

Dans la course à l’indépendance les artistes kanaks de l’époque ont d’abord été appelés à manifester l’identité kanake au travers de leurs œuvres. Au travers du réveil identitaire, le réveil artistique du kanak avait  été amorcé. On refuse le folklore et on souhaite exprimer la puissance de « l’art kanak ». C’est dans cet environnement que  la musique kanake appelée kaneka est née, en 1986. Le folk et le reggae sont abandonnés au profit de cette nouvelle musique. En  1990 les groupes se sont multipliés, d’autres groupes se reconvertissent, d’autres se créent et  dans les bals des kermesses comme à Né haricot (néouyo), à Houaïlou, les jeunes crient haut et forts leur identité et l’indépendance kanake socialiste.

MEA NEBE, l’histoire d’une expérience intellectuelle au cœur du rythme

En 1994 à la période dorée du kaneka on m’a demandé d’assurer le remplacement du guitariste d’un groupe à succès local, qui venait entre autres de sortir son premier album  kaneka A’jie. C’est  à l’occasion du  bal de la  kermesse de Sarraméa que je me suis lancé, ce fût une première inoubliable et complètement déjantée, d’ailleurs les sorties suivantes ont également été vécues dans le même délire.

En concert Mea-nebe c’est une machine infernale qui dévaste tout sur son passage, un kaneka sensitif à l’état pure, une ronde rythmique qui met en transe quiconque, et une technique simple en rupture permanente avec l’habitude, le musicien ne réfléchie plus il exécute et il  donne tout sans calculer il est lui-même transporté. Feu Kiki Karé organisateur en chef  du festival Cému nyébi 2006, avait dit : « Mea-Nebe a sauvé le festival, lorsqu’il monte sur scène même après 3ans d’absence, il met tout le monde d’accord et  en prime il  présente sa  nouvelle variante Dub de son kaneka et reggae».  

L’émancipation d’une technique moderne venue de la tradition

 Et en début 2000, sort le second album du groupe, « mwaaro mwa ». Ce nouvel opus rencontre un bon accueil auprès des artistes et musiciens car cela confirme six années de travaux et de scène, cela marque aussi l’équilibre du groupe, avec un titre évocateur et des thèmes qui traitent du mythe de kawipaa.  C’est un produit qui contribue largement au développement du kaneka que le public considèrera pourtant comme trop technique, la référence du public étant le Mea-Nebe en live. Quoi qu’il en soit 10 ans après sa création le groupe  impose la vision musicale de la région kawipaa qui reste jusqu’ici unique et inclassable, une marque de fabrique qui est désormais inscrite dans le paysage musical calédonien.

Mea-Nebe devenu homme libre est reconnu dans la société musicale. La musique de Mea-nebe n’existe qu’au travers du  rythme originel, le pilou. Comme le lien social maintien l’individu kanak autour d’un axe fédérateur, le rythme originel du pilou maintien les gens autour d’un rythme fédérateur. Ce n’est qu’au travers  de ce rythme que les individualités  se justifient, et s’expriment, et sur scène la notion de groupe prend son véritable sens.

La symbolique de la case représente en architecture la vision unitaire et collective de la société kanake, et on peut aussi dire de même du rituel du pilou. En observant la case on comprend alors l’approche technique développée par les musiciens de Mea-nebe depuis sa création. Le kaneka tel qu’il est perçu par ce groupe est basée sur ce principe.

Techniquement l’énergie et la puissance sont obtenues par une mise en valeur du rythme traditionnel par l’ensemble des instruments, comme dans l’afro beat, cela permet de créer une ronde rythmique. La structure d’une chanson est composée d’espaces d’expressions individuelles aménagés afin de mettre en perspective certains effets de style ou certaines illusions, et les séquences d’enchaînement techniques donnent du relief et cultivent le potentiel d’adaptation, les ruptures prévues et non prévues par la structure affinent la capacité d’adaptation de chaque musicien.

La mélodie et les couleurs passent en second plan, car ce n’est qu’un habillage extérieur interchangeable, l’essentiel étant de créer une ronde rythmique structurée et puissante qui soude l’ensemble.  « L’espace rythmique qui uni les gens, maintient le collectif et absorbe les manques, et défaut, tout comme permet l’expression et le respect de l’individualité. Les textes sont des ingrédients qui comme les « aéaé » transportent l’auditeur à la découverte du mythe fondateur de kawipaa comme des légendes ou comme des slams»  



Chapitre (Nuits électro) par Trapard Creteux le mai-10-2008

legendes-9-et-10-mai.jpg



Chapitre (Patrimoine Local, bonne lecture, Culturons-nous un peu) par Trapard Creteux le mai-8-2008

Une internaute se questionnait il y a peu en commentaire concernant la transportation. Is She Weird lui avait répondu justement en lui proposant de visiter le musée du bagne. Quant à moi, je lui conseillerai, et à ceux qui le veulent, de lire le très complet « Archipel des Forçats, Histoire du bagne de Nouvelle Calédonie (1863-1931) », publié en 2003 par Septentrion, de Louis-José BARBANCON, dont voici un court extrait de la préface :

La Nouvelle Calédonie fut, avec la Guyane, et plus brièvement qu’elle, une terre de « grande punition », un îlot dans l’archipel destiné à relayer les bagnes métropolitains, fermés au nom d’une politique sécuritaire soucieuse de purger l’hexagone de ses « indésirables ». Instaurée en 1864, la transportation y fut supprimée en 1897, et le bagne, fermé en 1931. Entre 1864 et 1930, 22 000 transportés y furent immatriculés. Plus de 64% ont été libérés sur place et 87% y sont morts, sinon enterrés, tant les circonstances de leur décès sont parfois incertaines.

Chapitre essentiel de l’histoire pénitentiaire et de celle de l’île, cet épisode a été systématiquement effacé, comme le mauvais souvenir d’une souillure, d’une honte abolie. Installations démantelées, lieux débaptisés –l’île Nou est devenu Nouville-, sépultures disparues rendent toute archéologie difficile…

Histoire de mettre un peu de poésie dans cette partie sombre de l’histoire du pays, j’ai choisi deux auteurs purgeant leur peine sur le Territoire dans les années 1870-1880 qui méritent une pause lecture…
 

                                            JEAN ALLEMANE (1843-1935)

allemane2.jpgCet ouvrier typographe, né d’une famille pauvre, a 27 ans lorsqu’il sert la Commune. Il fut condamné aux Travaux Forcés et transporté en Nouvelle Calédonie où il écrivit un livre dur et sans pitié, « Forçat de la Commune ». Plus tard, il participera à la création de la S.F.I.O. puis du Parti Communiste sans y adhérer. Voici un court extrait d’introduction du livre d’Allemane qui décrit son arrivée prochaine au pénitencier. La scène se déroule au début des années 1870.

Nous voici au 23 avril, le jour vient de se lever et le Rhin, à l’ancre dans la rade de Nouméa depuis la veille, s’apprête à dégorger le bétail humain que le bagne toulonnais confia à ses flancs, aussi vastes que peu hospitaliers.

Les hommes de la première cage de tribord doivent monter sur le pont et embarquer dans les chalands et chaloupes qui, depuis quelques instants, ont abordé le vaisseau-transport et conduit à son bord deux ou trois surveillants militaires fortement galonnés. Chacun de nous a promptement ramassé ses quelques hardes et les menus objets qui constituent son maigre bagage.

Me voila sur le pont, et en attendant que vienne mon tour d’embarquer sur une des chaloupes pénitentiaires, je jette un regard sur la rade : devant moi se déroule une bourgade en amphithéâtre que couronne un sémaphore. C’est un pêle-mêle de maisonnettes n’offrant aucun attrait. A ma gauche, s’étend une presqu’île…

-Nom de Dieu ! 277, qu’est-ce que vous avez à regarder comme un idiot au lieu de descendre ?…

Sans répondre, je suis le mouvement qui vient de se dessiner et saute dans une chaloupe que montent des forçats. Cette équipe de condamnés me fait songer aux anciennes galères où, enchaînés à leur banc, les galériens devaient ramer et se plier à toutes les fantaisies des patrons ou chefs de galères.

En attendant que l’ordre du départ soit donné, je continue d’inspecter la rade. Presque devant moi se voit une île toute mignonnette. Je demande à un rameur le nom de ladite île ; il me répond, assez obligeamment, que c’est l’île aux Lapins (aujourd’hui dénommée îlot Brun). Ce nom me fait sourire, mais ce sourire s’évanouit dès que le condamné, m’indiquant une île voisine de cette dernière, me dit :

-Et celle que vous voyez là, c’est celle où nous allons aller dans quelques instants : c’est l’île Nou !

dessin-allemane.jpegL’île Nou, le bagne, le lieu affreux où se doit écouler toute mon existence !

Vous pourrez trouver une biographie de Jean Allemane ICI

 

                                             HENRI BRISSAC (1826-1906)


Ce libraire et écrivain engagé aux textes socialistes, internationalistes et pacifiques écrits durant la Commune, fut déporté à la Nouvelle Calédonie de 1873 à 1880. Il fit publier en 1887, un recueil de poèmes assez riche linguistiquement, « Quand j’étais au bagne », narrant sa vie de déporté, dont en voici un, écrit à l’île Nou en 1873.

En remplissant des sacs

La chaux comme un simoun tourbillonne en atomes.

Ses vagues peuplant l’air épais de blancs fantômes,

Font choir leur avalanche, en poudrant à frimas

Les marquis de la chiourme et les ducs du ramas.

La maudite –l’enfer, certes, l’a fabriquée !-

Remplit d’une âcre odeur ma gorge suffoquée,

Verse la cécité sur mes yeux impuissants,

La toux dans ma poitrine, et l’horreur dans mes sens.

 

Vole aussi, toi, poussière impalpable d’idées !

Pénètre les esprits ! féconde les cerveaux !

Jettes-y les clartés des horizons nouveaux !

Répands-toi sur le monde en laves débordées !

Recréant dans son cœur, ses formes et ses lois,

L’Europe agonisante au suaire des rois !

Pour conclure sur la poésie du bagne, est paru en 2004 chez L’Herbier de Feu, « Poèmes de la « Nouvelle », Terre d’exil et de bagne », un recueil de poèmes écrits par des bagnards et rassemblés par Les Amis de la Poésie. On pourra y retrouver des textes, notamment, de Louise Michel, Casimir Bouis, Albert Lavigne ou encore de Francis Carco.carco2.jpg



Chapitre (Culturons-nous un peu) par k-madja le mai-7-2008

Mathieu Venon expose à la Bibliothèque Bernheim du 14 mai au 7 juin 2008 : Chaque baleine est une île.

venon.jpg



Chapitre (Culturons-nous un peu) par Mati le mai-7-2008

Olivier Porcheron aliais Yuk (http://www.yuk-experiences.blogspot.com/) expose ses peintures numériques au Centre Culturel Coréen (quartier latin, en face de l’hôtel New Caledonia, près du MUSEE de Nouvelle-Calédonie) . C’est jusqu’au 10 mai, donc dépêchez-vous!

Femme par Yuk



Chapitre (Patrimoine Local, bonne lecture) par Trapard Creteux le mai-6-2008

jamescook.jpgJames Cook (1728-1779), navigateur écossais, découvrit la Nouvelle Calédonie le 4 septembre 1774. On dit, au même titre –par exemple- que pour Christoph Colomb avec l’Amérique, que Cook « découvrit » la Calédonie. Aussi, qu’est-ce que « découvrir » un pays, on peut se le demander, lorsque celui-ci est déjà habité. Simplement une question de point de vue…
Enfin, James Cook, pénètre dans le Lagon nord-ouest par la passe de Balade, le 5 septembre.
Voici, un extrait de ses écrits, décrivant ses premières rencontres avec les indigènes. On peut y découvrir, en quelque sorte, la première cérémonie de coutume entre des Européens et des Kanaks :

Nous avions à peine jeté l’ancre que nous fûmes entourés par un grand nombre d’indigènes, embarqués à bord de seize ou dix-huit pirogues, la plupart d’entres eux ne portant aucune arme. Ils se montrèrent d’abord timides pour s’approcher du navire, mais, au bout de peu de temps, nous décidâmes les occupants d’une pirogue de s’approcher assez près pour recevoir des présents. Nous les descendîmes à l’aide d’une corde à laquelle, en retour, ils attachèrent deux poissons qui dégageaient une odeur intolérable, comme ceux qu’ils nous avaient donnés le matin. Ces échanges mutuels établissant entre nous une sorte de confiance, deux indigènes s’aventurèrent à monter à bord du navire ; peu après il en fut rempli ; et nous eûmes la compagnie de quelques uns d’entre eux, au moment de déjeuner dans la cabine. Ils n’eurent pas la curiosité de goûter à notre soupe de pois, à notre bœuf et à notre porc salé ; mais ils mangèrent quelques ignames qui nous restaient, et qu’ils appelèrent Oobee […] Ils se montrèrent curieux de visiter tous les coins du vaisseau qu’ils examinèrent avec une vive attention. Ils n’avaient aucune connaissance des chèvres, cochons, chiens et chats, et n’avaient même aucun terme pour les nommer. Ils paraissaient très friands des longs clous en fer et des pièces d’étoffe rouge, voire même d’une autre couleur ; mais la couleur rouge avait leur préférence.

Après le repas, je me rendis à terre avec deux embarcations armées, accompagné par l’un des indigènes qui s’était de lui-même attaché à ma personne. Nous débarquâmes sur une plage de sable devant un grand nombre de gens, qui s’étaient rassemblés sans autre intention que de nous voir, car la plupart d’entre eux n’avaient pas même un bâton en main ; aussi fument-nous reçus avec une grande courtoisie, et avec cette surprise naturelle de la part des gens qui voient des hommes et des choses aussi nouvelles pour eux que nous pouvions l’être. Je fis des présents à tous ceux que mon ami m’indiqua, qui étaient soit des vieillards, soit des hommes qui semblaient être des notables, mais il n’eut pas le moindre égard pour quelques femmes qui se tenaient derrière la foule, me retenant même la main lorsque je voulus leur donner quelques grains de verroterie et des médaillons. Nous retrouvâmes ici le même chef qui avait été vu le matin dans l’une des pirogues. Son nom nous l’apprîmes alors, était Teabooma et nous n’étions pas à terre depuis dix minutes, qu’il faisait faire silence. Etant immédiatement obéi par chacun, il fit un petit discours, et peu après un autre chef ayant imposé le silence, prononça aussi une allocution. Il était agréable de voir avec quelle attention ils étaient écoutés.180px-james_cook.jpg



Chapitre (Culturons-nous un peu) par Trapard Creteux le mai-5-2008

Jean-Michel Boéné a le plaisir de vous inviter

au vernissage de son exposition de sculptures

 

 

le mardi 6 mai à 18 h 30

 

 

à la galerie Lec lec tic – Centre La Promenade.

 

jm-boene-mai-08.jpg

 

Exposition du 5 au 17 mai,

ouvert du lundi au samedi de 14H30 à 18H30

& sur rendez-vous au 82 56 01.

 

 

Les visiteurs bénéficient du parking gratuit pendant une heure.



Chapitre (Culturons-nous un peu) par ELRIKO le mai-4-2008

UNE CALEDONIE SOUS  INFLUENCE ET PERFUSION  PERMANENTE, L’ARRIERE COUR DU MONDE

On peut dire que la Calédonie est toujours restée sous l’influence des courants artistiques, religieux, politiques et économiques européens. C’est comme un arrière cour où se font échos les affrontements entre théories et courants de pensées occidentaux.

La bataille des missionnaires, les premiers politiciens

En 1958, une divergence d’opinion entre missionnaires Français, notamment sur la question du certificat entraîna une division importante au sein de la communauté protestante. De cette scission naquit la première organisation religieuse autonome et gérée par les kanaks eux-mêmes, l’église évangélique libre. Totalement indépendante de la mission de Paris à la quelle est désormais la seule rattachée, l’autre communauté protestante, l’église évangélique.

Charlemagne dit Missié  était un missionnaire envoyé par la mission de Paris dont le siège est à Denfert Rochereau à Paris. Il prend place à la mission protestante de DO NEVA, à Houaïlou  à la fin de la guerre. Son arrivé coïncide avec la nouvelle politique « coloniale » du général De Gaulle, dont le discours Brazzaville s’en fait l’écho.

Très vite se structurent deux organisations politiques mélanésiennes et naissent l’AICLF et l’UICALO. Ces deux organisations respectivement protestante et catholique, devaient servir à organiser les revendications kanakes, mais également constituer un front contre le communisme. Lorsque vous lisez le programme de ces deux mouvements originels de l’UC, notamment celui de l’AICLF vous comprenez que l’idée de destin commun n’est pas d’hier.

Dans le giron des protestants, le pasteur Charlemagne est un artisan de l’expression politique kanake. C’est d’ailleurs la proposition qu’il fait, de faire obtenir aux kanaks, le certificat, qui entraîna son exclusion de la mission de Paris. Les missionnaires de DO NEVA en place craignaient les menaces de l’administration coloniale Calédonienne, des menaces qui étaient  fondées sur une principale crainte « le certificat permettait aux kanaks de poursuivre des études au delà et constituait donc un risque majeure pour la stabilité de la colonie ».

C’est à la tribu de Nediva que les vieux dissidents installèrent  l’église libre et sa branche scolaire la fédération de l’enseignement libre et protestante (FELP) avec désormais à sa tête le pasteur Charlemagne avec pour objectif de développer et de mettre en place une organisation autonome et tournée vers l’avenir.

Ce fût dans le même esprit que des missionnaires et enseignants kanaks de la FELP furent envoyés en Nouvelle Hébrides devenue Vanuatu. Après l’indépendance du Vanuatu les relations furent  maintenues, et aujourd’hui la structure FELP ni vanuatane est autonome, elle-même et compte plusieurs écoles, pasteurs et enseignants d’origine ni vanuatans. Ce que l’on remarque cependant c’est que les divergences qui secouent actuellement le monde de l’église libre et de sa branche scolaire (lire régulièrement dans les  nouvelles calédoniennes) se fait également échos à Vanuatu.

Les nouvelles tendances, la jungle des courants de pensées

Il y a 30 ans se développaient sur le territoire les  théories gauchistes révolutionnaires contre l’administration « impérialiste » Française, avec la création des mouvements indépendantistes radicaux. Ces mouvements dont la montée en puissance s’est faite dans les années 80 ont changé l’approche politique  des kanaks,  cela a débouché sur la période des évènements. On se souvient des soutiens étrangers aux  indépendantistes, avec la Libye, le Flnc, les centrales syndicales françaises,  et autres groupes d’influence.

Pendant les évènements on voit les caillassages sur les routes, les barrages, les maisons de colons blancs brûlées, le boycott des élections avec la fameuse et désormais célèbre image de Eloi Machoro, un indépendantiste kanak membre de l’UC, fracassant l’urne à l’occasion d’une élection avec sa hache, image qui a fait le tour du monde. A Hienghène un Guets-apens fait une dizaine de morts chez les kanaks, et le sommet de la crise fût la prise d’otage d’Ouvéa en 1988 à Fayawé soldée par une vingtaine de morts en majorité Kanak, une tragédie qui a choqué la France entière et qui marque le début d’une décolonisation réfléchie voulue par la France.

Aujourd’hui s’affrontent les  théoriciens d’une économie moderne qui prônent la mondialisation, le libre échange, et les alter mondialistes qui annoncent la chute du mythe capitaliste, qui dénoncent les modes de consommations destructeurs d’humanité et qui prônent l’intégrité et la révolution de l’individu.

Mais également les écologistes radicaux contre industriels, et depuis peu les théologiens d’un christianisme moderne et d’influence américaine contre  les églises traditionnelles qui voient la fuite de leurs paroissiens vers ces nouvelles formes de spiritualité augmenter de jours en jours.

Les réseaux d’influences s’étendent depuis partout dans le monde, la Chine, les Etats unis, la France, Israël, Australie, Nouvelle Zélande, jusqu’en Nouvelle Calédonie et se font dans tout les domaines. Le jeu d’influence s’exerce aussi dans les sphères méconnues du grand public, comme la Franc maçonnerie. Certaines sphères se sont créées d’autres sommeillent ou baissent en puissance, en tout les cas l’activité d’influence et de lobbying  semble bien ancré dans les mentalités calédoniennes.

Un réveil artistique fracassant, une génération politisée psychédélique

Dans la montée en puissance violente pour l’indépendance, par pure propagande les artistes kanaks étaient d’abord appelés à manifester l’identité kanake au travers de leurs œuvres. Quoi qu’il en soit au travers de ces actes le réveil identitaire, le réveil artistique du kanak est amorcé, c’est en partie grâce à Jean Marie Tjibaou que cela se met en marche, en effet l’étape primordiale dans la pensée de cet universaliste consistait à encourager le kanak à se réapproprier son image, longtemps négativée par l’action colonisatrice.

C’est après la phase  de lutte armée que la musique kanake appelée Kaneka vient au monde, en 1986  elle est véritablement propulsé en première ligne. On refuse le folklore et on souhaite exprimer la puissance de « l’art kanak », le folk et le reggae sont abandonnés un temps au profit de cette nouvelle musique. De 1988 à 1990 les groupes de musiques se multiplient, d’autres groupes se reconvertissent, d’autres se créent et  dans les bals des kermesses comme, à, Né haricot (néouyo) à Houaïlou, Les jeunes crient haut et forts leur identité et l’indépendance kanake socialiste, dans une ferveur naïve, alcoolisée et enfumée. Le pays sort alors de ses tourments mais tout est encore frais dans la mémoire de la population. Il faut se rappeler que le sommet de la crise a été la prise d’otage d’Ouvéa et la paix scellée par  des accords politiques de Matignon en 1988 poursuivis en 1998 par les accords de Nouméa reste fragile.

1988 à 1994 on vit un moment en suspend, les jeunes qui étaient dans les barrages, que l’on avait  sorti des  écoles pour les besoins de la lutte ne savent pas quoi faire, on ne vient pas les voir, les récompenser, ou très peu le sont. Ils restent en tribu avec le sentiment d’avoir été bernés par les politiques. Par dépit certains se mettent  à planter du cannabis. C’est le début du triangle vert, Canala, Houaïlou, Bourail, les meilleures herbes du territoire avec celle d’Ouvéa.

L’alcool alors restreint avait conduit certains à des mélanges douteux. C’est ce que j’appelle  la période des analyses c’est-à-dire un genre de cocktails sensé remplacer l’alcool, à base de dentifrice mélangé à un parfum tel que l’eau de Cologne et le tout coupé par un sirop de choix. La période des sniffeurs d’essence et autres produits toxiques, celle des buveurs de clochettes, de bouillons de piles ou de fils électrique et d’alcool à brûler. Beaucoup de jeunes se sont brûlé les ailes à cette période, elle fût une courte mais lourde de conséquence, quoi qu’il en soit l’année 1992 marque surtout la montée en puissance de la consommation du cannabis.

C’est dans ce courant que DJEMA sort son premier album de Kaneka. C’est le premier groupe de musique qui jette les bases d’un retour à la source, avec leur approche musicale, même si les textes restent combatifs et politisés. De 1990 à 1994 sortent les albums kaneka les plus inspirés. La jeunesse mélanésienne est complètement barrée, avec tout ce qu’elle ingurgite  mais elle reste  maintenue sous perfusion par une musique propre à elle. En 1995 à l’occasion des 10 ans du Kanéka (premier EA KANEKA) que le public expédiera MEA NEBE en Australie, un groupe inclassable de la région Kawipaa qui ne possède que  deux albums à son actif. La tournée s’est déroulée en 1996 avec Angélique Kidjo en tant que première partie. Le collectif accompagné à l’époque par feu Jacques KARE, artiste kanak de la première heure, présenta une série de concert, à Melbourne, et à Sydney.

Et enfin, c’est en  1998 sous l’influence des nouvelles donnes politiques et économiques que la génération des accord de matignon  tente de relever de le défi Calédonien, influencée par les nouvelles idées du destin commun. C’est le début du combat d’une tradition conceptualisée contre les pièces rapportées d’une modernité esseulée. Le retour aux idées originelles, dont les bases, furent,  posées par le plus universaliste des penseurs Kanak, Jean Marie Tjibaou. 

C’est enfin le retour chez soi, pour un nouveau départ.



Chapitre (Nuits électro) par Trapard Creteux le mai-2-2008

legendes-le-2-et-3-mai-08.jpg